
Semaine du 29 Novembre au 5 Décembre 2025
Besoin d’un guide pratique ? Pas tout à fait
Au cours des 14 dernières années, mon culte personnel a constitué la partie la plus difficile de mon cheminement avec Christ.
Ce n’est pas parce que je n’ai pas d’espace pour méditer (je les ai tous essayés). Ce n’est pas non plus parce que je n’ai pas essayé différents moments de la journée, différentes activités, ou différentes traductions de la Bible (vérifications multiples, comparaisons et conclusions à n’en plus finir).
Au début, ma difficulté tenait de ma conviction que l’amour de Dieu pour moi fluctuait en fonction du temps que je passais avec lui. Une heure de culte personnel signifiait que Dieu serait satisfait de moi ce jour-là, et que je pourrais même obtenir une bénédiction en extra. Si ce temps était réduit à 15 minutes (ou pire encore, à rien du tout), je devrais supporter la punition du mécontentement de Dieu, et je n’aurais pas le droit de m’adresser à lui tout au long de la journée.
Heureusement, le Saint-Esprit a convaincu mon esprit borné que l’amour de Jésus pour moi est aussi constant que son caractère. Ce que je fais ou ne fais pas n’est pas assez puissant pour changer son amour.
ÇA NE MARCHE PAS !
Un nouveau problème s’est alors présenté : comment puis-je arriver au meilleur culte personnel possible ?
Je suis, voyez-vous, une première-née classique – une perfectionniste de type A. En tant qu’ingénieur logiciel en chef- ce qui n’arrange rien – toute ma vie professionnelle tourne autour de la recherche de solutions optimales, de l’amélioration de l’efficacité des processus, et d’une résolution plus rapide des problèmes. Mon cerveau est conçu pour rechercher des modèles, créer des systèmes, et tout optimiser.
J’ai donc naturellement abordé ma relation avec Dieu de la même manière. Il y a même eu une brève période où je croyais avoir tout compris !
J’avais établi un système : 1 ) lecture de la Bible dès le lever, 2) prière pendant le trajet pour me rendre au bureau, 3) écoute de sermons au gym. Je tenais un journal de prière de poche où je notais les prières exaucées, juste pour me prouver que je faisais les choses correctement.
J’ai passé d’innombrables heures à essayer de trouver l’équation parfaite pour mon culte personnel. Bon, 30 minutes d’étude biblique, ou 60 ? Est-ce que je dois me concentrer sur un seul petit passage ou lire de plus longs passages ? Est-ce que je dois prier avant ou après mon étude biblique ? Et pendant combien de temps ? Quelle est la place de la musique ? Est-ce que je dois chanter ou simplement écouter de la musique spirituelle ? Est-ce une bonne idée de me promener dans la nature, ou est-ce que ça sera une trop grande source de distraction ?
Si je parvenais à trouver la configuration idéale, je pourrais la reproduire tous les jours sans avoir à y penser – comme un algorithme spirituel qui, une fois perfectionné, fonctionnerait automatiquement.
Eh bien, ça n’a pas marché.
Plus j’essayais d’optimiser mon temps avec Dieu, plus je me sentais creuse. C’était comme si j’essayais d’avoir une conversation profonde tout en vérifiant constamment l’heure – présente en principe, mais pas vraiment là. J’étais davantage focalisée sur mon processus que sur mon Dieu.
Hier matin, je me suis surprise à recommencer. Je me suis assise pour prier, la Bible ouverte sur mes genoux, mais mon esprit se précipitait déjà sur toutes les tâches qui m’attendaient. Je me suis retrouvée à chronométrer inconsciemment ma prière, comme si Dieu et moi étions dans une réunion d’affaires devant arrêter net à 7 h 30. Je n’avais pas le temps d’être là. J’avais seulement le temps de faire semblant.
Ellen White décrit cette tendance avec une précision dévastatrice : « Beaucoup de gens, même dans les moments qu’ils consacrent à l’adoration, ne peuvent jouir des bénédictions qu’apporté une véritable communion avec Dieu. Ils sont trop pressés. Ils se hâtent de traverser le cercle de la présence aimante du Christ, s’y arrêtent un instant peut-être, mais n’attendent pas le moindre conseil. Ils n’ont pas le temps de rester avec le divin Maître, et c’est chargés de leurs fardeaux qu’ils retournent à leur tâche. »
La dernière ligne me fait réfléchir chaque fois que je la lis : « Et c’est chargés de leurs fardeaux qu’ils retournent à leur tâche ».
Faites-vous, vous aussi, cette expérience de façon récurrente ? C’est-à-dire apporter vos angoisses, vos peurs, vos décisions à Jésus, pour ensuite les reprendre dans votre hâte de passer à la chose suivante ? Comme moi, vous avez peut-être tous les bons éléments pour vivre l’expérience d’un culte personnel, mais votre hâte et votre inattention le rendent vide de sens.
UN DIEU RELATIONNEL
Voici donc ce que je suis en train d’apprendre : Dieu ne m’aime pas moins lorsque je passe notre temps ensemble dans la hâte. Son amour ne dépend pas de la somme de temps que je passe en prière ou du nombre de chapitres que je lis. Le problème n’est pas que Dieu retire son amour lorsque je me hâte, mais que je deviens moins consciente de cet amour qui, lui, est toujours là.
C’est comme être assis dans une pièce avec les rideaux fermés. Le soleil ne s’arrête pas de briller simplement parce que nous ne pouvons pas le contempler ! Mais notre expérience de sa chaleur et de sa lumière dépend entièrement du fait d’ouvrir ces rideaux.
C’est peut-être la leçon la plus difficile à apprendre pour quelqu’un comme moi : Dieu n’est pas un lieu de réussite. Il n’est pas un projet à optimiser. Il n’est pas une habitude à améliorer. Il est une personne avec laquelle il faut entretenir une relation.
Ellen White poursuit : « Une fièvre telle qu’on n’en a jamais vu gagne le monde. Divertissement, course à l’argent, au pouvoir, lutte pour la vie, une puissance terrible s’empare du corps, de l’esprit, de l’âme. »
Je ressens cette puissance tous les jours. C’est probablement le cas pour vous aussi. Que vous soyez un étudiant à Manille essayant de concilier études et foi, une mère à Mexico jonglant entre enfants et temps de prière, ou un homme d’affaires à Nairobi essayant de maintenir des priorités spirituelles, cette « puissance terrible » nous tiraille tous.
À l’ère du numérique, nous nous sommes habitués aux réponses instantanées, aux solutions immédiates, et à l’optimisation constante. Nous traitons nos vies spirituelles comme des applis qui nécessitent des mises à jour – toujours à la recherche de la prochaine fonctionnalité, de la prochaine amélioration, de la prochaine version. Mais les relations ne marchent pas et n’ont jamais marché comme ça.
Au début, le coût n’est pas toujours évident Mais au fil du temps, notre communion avec Dieu à la hâte laisse des traces :
Un endurcissement subtil du cœur.
Une difficulté croissante à entendre sa voix.
Une lassitude que le sommeil ne semble pas arranger.
La puissance de Dieu ne diminue pas lorsque nous nous précipitons devant celui-ci. Sa sagesse ne s’estompe pas. Sa paix ne faiblit pas. Mais notre accès à ces dons, notre conscience de leur présence et notre capacité à les recevoir sont considérablement limités par notre hâte.
Cependant, Dieu n’est jamais pressé.
PRÉSENCE VERSUS PERFORMANCE
Le Créateur de l’univers – celui en qui tout se tient, celui qui orchestre le mouvement des galaxies et sait quand un moineau tombe – n’est jamais pressé.
On ne retrouve rien dans les Écritures montrant Jésus accomplissant son ministère terrestre avec précipitation. Il n’avait que trois ans et demi pour accomplir toutes les
prophéties, répondre aux besoins infinis de son entourage, et former une douzaine de disciples pour poursuivre son œuvre. Cependant, il prenait toujours le temps de remarquer les gens, de s’arrêter pour discuter, et d’être interrompu.
Il ne s’agit pas seulement d’un détail sympathique sur la personnalité de Jésus, C’est une révélation profonde sur la nature de Dieu. Sa présence paisible est une invitation pour nous – non pas à mériter son amour par le biais de longs cultes personnels, mais à ralentir suffisamment pour nous rendre compte que nous l’avons déjà.
Je ne vous donnerai pas un plan en cinq étapes pour améliorer le culte personnel. J’en ai essayé suffisamment pour savoir que ce n’est pas la solution. L’idée même de cultes « meilleurs » dévoile à quel point on pense encore en termes de performance plutôt que de présence.
Au lieu de cela, il y a une vérité qui change progressivement ma vie : ne pas être pressé dans le temps passé avec Dieu n’est pas une question de gestion du temps, mais une question de confiance.
Lorsque je fais mon culte personnel à la hâte, c’est parce que je ne crois pas vraiment que Dieu puisse multiplier mon temps. Je ne crois pas que le fait d’être tranquillement devant lui rendra le reste de ma journée plus facile à gérer. Mon perfectionnisme me souffle que si je ne suis pas constamment en mouvement, constamment en train de produire, constamment en train d’optimiser, tout va s’écrouler.
Le psalmiste nous indique une autre voie : « Arrêtez, et sachez que je suis Dieu » (Ps46.ll).
Remarquez que cet arrêt précède la connaissance. Il ne s’agit pas d’une suggestion, mais d’une condition préalable. C’est une autre raison pour laquelle le sabbat est à la fois le jour le plus difficile et le plus beau de la semaine pour moi : il nous est ordonné de nous reposer et de permettre à notre Père de nous rappeler qu’il est Dieu, et que nous, nous ne l’avons jamais été.
Ce matin, j’ai essayé quelque chose de différent. Au lieu de régler une minuterie pour mon temps de culte, je me suis simplement assise avec ma Bible et j’ai dit à Dieu : « Je serai là aussi longtemps qu’il le faudra. »
Cette décision m’a vraiment mise mal à l’aise ! Je n’arrêtais pas de penser à ma liste de choses à faire, aux échéances à venir, à toutes les raisons pour lesquelles je ne pouvais pas rester là « à ne rien faire ». Tout en moi voulait transformer cela en un autre exercice de productivité, pour mesurer, optimiser et systématiser ce temps avec Dieu.
Mais j’ai tenu bon.
Et dans cet espace sans hâte, quelque chose a changé. Les mots des Écritures ont commencé à pénétrer plus profondément dans mon cœur. Mes prières ont ressemblé davantage à une conversation qu’à une récitation. Le silence entre les mots est devenu moins douloureux.
Je ne suis pas devenue soudainement plus spirituelle. Dieu n’est pas devenu soudainement plus présent Dans ce moment tranquille, j’ai pris conscience de ce qui a toujours été vrai : son amour constant, sa puissance disponible, sa présence immuable.
Je ne prétendrai pas que ce matin-là a réglé ma tendance à la précipitation, car ce n’est pas le cas. Mais il m’a rappelé ce qui est possible lorsque nous choisissons de ne pas être pressés en présence de Dieu.
QUAND LE MOINS EXIGE LE PLUS
Peut-être que, comme moi, vous êtes fatigué de vos cultes personnels précipités, fatigué de retourner à votre tâche chargé de vos fardeaux, fatigué de vous presser en la tendre présence du Christ sans vraiment vous arrêter pour recevoir ses conseils.
Dieu ne nous demande pas de consacrer de grosses sommes de temps chaque jour. Il ne nous demande pas de perfectionner notre routine spirituelle ou de trouver l’algorithme spirituel optimal. Ce qu’il nous demande, c’est d’être pleinement présents pendant le temps dont nous disposons, de lui faire suffisamment confiance pour nous arrêter, et de l’attendre même lorsque tout en nous veut se précipiter.
Il nous invite à le connaître. Et la connaissance prend du temps : du temps sans précipitation, sans hâte, sans optimisation.
Le monde continuera à tourner à son rythme effréné. Mais nous avons le choix de tourner ou non avec lui.
Dieu n’est pas impressionné par notre succès. Il est touché par notre dépendance. Toutes mes tentatives pour optimiser mon temps avec Dieu n’étaient en fait que des tentatives pour rester au contrôle, pour garder mon indépendance intacte. Mais la véritable communion se produit dans les espaces vulnérables où nous admettons finalement que nous ne pouvons pas optimiser notre chemin vers l’intimité avec Dieu.
Il y a là un paradoxe que je ne fais que commencer à comprendre : plus je me presse dans mon temps passé avec Dieu pour pouvoir passer ensuite au vrai travail, moins je suis efficace. J’ai remarqué que les jours où je ralentis vraiment avec Dieu, mon esprit est plus clair, mes décisions sont plus sages, et mon travail se fait plus naturellement. Est-ce parce que j’ai gagné une bénédiction spéciale ? Non ! Mais simplement parce que je me suis finalement positionnée pour recevoir ce qu’il m’offre depuis le début.
Sur papier, un tel calcul n’a aucun sens. Comment le fait de passer du temps supplémentaire à m’arrêter peut-il résulter en une journée plus productive ? Mais c’est justement là le point : l’économie de Dieu fonctionne d’une manière qui déconcerte nos calculs humains. Le Créateur multiplie ce que nous lui remettons entre les mains, en particulier notre temps.
C’est peut-être là la véritable invitation : renoncer à notre illusion de contrôle, cesser d’essayer de mériter ce qui nous est déjà donné gratuitement Le fait même de ralentir est un aveu que ce n’est pas en nous que tout se tient, mais qu’en lui tout se tient. Nos cultes personnels précipités révèlent davantage nos problèmes de confiance que nos compétences en matière de gestion du temps. Et c’est peut-être exactement là que Dieu veut nous rencontrer, dans cet espace inconfortable entre notre volonté d’accomplir et son appel à demeurer en lui.
Au cœur de cette course effrénée, Dieu nous parle. Il nous invite à nous retirer à l’écart et à communier avec lui. Non pas pour mériter son amour – nous l’avons déjà. Non pas pour accéder à sa puissance – elle est déjà disponible. Mais pour prendre conscience de ces réalités d’une manière qui transforme notre façon de vivre.
Dieu n’est pas pressé. Il ne l’a jamais été. Il nous attend, vous et moi, tout simplement.
Extrait de la Revue
Adventist World 2025
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